Personnalité de la semaine Le Droit/Radio-Canada

Photo Étienne Ranger, Le Droit

Photo Étienne Ranger, Le Droit

Coordonnateur régional du Réseau des délégués sociaux de la Fédération des travailleurs du Québec, Réjean D’Août mérite aujourd’hui le titre de la Personnalité de la semaine Le Droit/Radio-Canada pour son implication constante auprès des organismes qui interviennent en matière de prévention du suicide.

Réjean D’Aoust comprend la détresse des employés des usines de la région dans un contexte où l’industrie forestière s’effrite d’année en année.

M.D’Aoust est coordonnateur du Réseau des délégués sociaux de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), au bureau régional de l’Outaouais. Il collabore de près avec les organismes qui font la prévention du suicide, dont le Centre d’aide 24/7. Il occupe ce poste depuis 2000 et il agence le travail de 105 délégués sociaux répartis dans 58 entreprises qui emploient un total de 6000 travailleurs.

Il croit fermement au rôle des délégués sociaux en milieu de travail car les situations de crise se produisent bien plus souvent qu’on ne le croit. «Nous passons tous une grande partie de notre temps dans notre milieu de travail alors il est important de s’occuper des gens qui sont en détresse autour de nous», explique M.D’Aoust.

Réjean D’Aoust est un «vrai gars de Buckingham». Il y est né et il y habite toujours avec sa conjointe et ses deux filles, âgées de 19 et 21 ans. Après ses études secondaires à l’école Hormisdas-Gamelin, il a entrepris des études en psychologie au Cégep de l’Outaouais, pour aller ensuite en techniques policières et il s’est finalement dirigé vers la robotique. Mais ce domaine hautement technologique offrait peu de perspectives d’emploi dans la région et il n’était pas intéressé aller vivre à Montréal ou à Toronto. «Je suis bien à Buckingham. Tout le monde se connaît et on se salue dans la rue. Je ne pouvais m’imaginer vivre dans une grande ville».

Après diverses expériences, il est entré à l’emploi de Papier Masson où il a travaillé durant 13 ans. Comme plusieurs de ses collègues, il a été mis à pied en 2000, lorsque la compagnie a effectué des changements technologiques à ses méthodes de production. Il était délégué social pour le syndicat local et il a alors obtenu le poste de coordonnateur régional qu’il occupe encore à ce jour. En tant que délégué social, il a dû faire face à des situations difficiles à plusieurs reprises. Des collègues se sont suicidés, d’autres ont connu des problèmes de consommation d’alcool et de drogue ainsi que des problèmes de jeu compulsif. «Un jour, notre service a sauvé une vie. Un travailleur qui traversait une crise conjugale a appelé et il disait qu’il allait se pendre. Pendant que j’essayais, au téléphone, de le convaincre de renoncer, nous avons appelé la police qui est arrivée à temps pour le sauver mais il a été blessé gravement. Après, il m’a engueulé mais, deux ans plus tard, il est venu me remercier. Aujourd’hui il est rétabli et il a refait sa vie», raconte Réjean D’Aoust.

Prévention du suicide

La prévention du suicide est un sujet qui lui tient à coeur. «Au cours de mon adolescence, j’ai connu des jeunes qui se sont enlevés la vie, dont un ami qui s’est tué à l’âge de 12 ans. Il y avait beaucoup de drogue qui circulait et on ne connaissait pas aussi bien les maladies mentales qu’aujourd’hui. On connaît mieux les troubles bipolaires maintenant mais ce n’était pas le cas dans ce temps-là». Les fermetures d’usines, les mises à pied permanentes ou même temporaires ont un impact important sur le moral des travailleurs. «Les changements technologiques sont parfois très difficiles, surtout s’ils entraînent des réductions d’effectifs. Dans un syndicat, on défend toujours l’ancienneté alors on privilégie le travailleur le plus âgé. Parfois, le travailleur qui est supplanté, est obligé de former celui qui va prendre sa place alors ça ne crée un contexte désagréable», explique-t-il.

Les délégués sociaux ne sont ni des psychologues, ni des travailleurs sociaux mais leurs collègues de travail ont confiance en eux et, parfois, ils se confient plus facilement à leur délégué qu’aux professionnels de la santé, a remarqué Réjean D’Aoust. Son travail l’amène aussi à collaborer avec d’autres organismes communautaires et avec le réseau de la santé. À l’instar de plusieurs représentants de ces organismes, il s’inquiète de la hausse des problèmes de santé reliés au jeu compulsif. Il s’intéresse aussi au traitement des hommes violents. «On a longtemps négligé les services aux hommes violents et, pourtant, c’est très important. Le groupe «Donne toi une chance» fait beaucoup pour les hommes qui traversent des difficultés et qui peuvent devenir violents».

Chasseur et… boucher

Réjean D’Aoust est un grand amateur de chasse et de pêche, deux sports qu’il pratique avec ses amis d’enfance. Chaque automne, il espère tuer un orignal ou un chevreuil et il chasse aussi le petit gibier. Son amour de la chasse l’a aussi amené à développer ses talents de boucher. «J’ai déjà travaillé dans une boucherie alors je sais comment ça fonctionne alors j’ai installé de l’équipement de boucherie dans mon garage. Certains jouent dans le moteur de leur automobile dans leur garage, moi j’ai une boucherie. Lors de la saison de la chasse, mes amis se rassemblent chez moi pour débiter le gibier que nous avons tué. Certains vont même dans le nord et rapportent du caribou», explique-t-il.

Il aime aussi cuisiner et recevoir ses amis à la maison. «Ma conjointe et moi avons un grand cercle d’amis et nous sommes très heureux de les recevoir à la maison. D’ailleurs c’est important d’avoir des amis sur lesquels on peut compter. Dans l’Outaouais, beaucoup de gens proviennent de l’extérieur et il est important qu’ils se créent un nouveau réseau social afin qu’ils puissent partager leurs joies et leurs peines. C’est aussi une façon de prévenir la détresse», conclut M.D’Aoust.

Félicitation Réjean, de toute l’équipe du Conseil régional FTQ Outaouais.